Du décrochage à la deuxième chance : Dark Pattern veut sensibiliser les jeunes
Alors que des milliers de jeunes Québécois reprennent le chemin de l’école en cette rentrée scolaire de septembre, la question du décrochage scolaire demeure un enjeu important. Selon les données les plus récentes publiées par Statistique Québec en janvier 2026, le taux de sorties sans diplôme ni qualification au secondaire en formation générale des jeunes s’établissait à 14 % pour la cohorte d’élèves sortants de 2023-2024. Ce taux était de 15 % en 2022-2023 et de 16 % en 2021-2022, ce qui montre une tendance à la baisse au cours des dernières années.
C’est dans ce contexte de rentrée scolaire que nous avons discuté avec Dark Pattern de son parcours de vie et de sa volonté de sensibiliser les jeunes aux réalités du décrochage scolaire.
Pour le rappeur, cette démarche est particulièrement personnelle. Il a lui-même connu le décrochage scolaire, l’absence de repères, mais aussi la prison, après avoir fait des choix dont les conséquences ont marqué sa vie. Aujourd’hui, plutôt que de cacher ces expériences, il souhaite les transformer en message d’espoir et montrer aux jeunes qu’il est toujours possible de se relever et de construire quelque chose de différent.
Son objectif n’est pas de faire la morale, mais plutôt de leur faire comprendre qu’une erreur ou un parcours scolaire compliqué ne définit pas nécessairement leur avenir. Il souhaite leur rappeler qu’ils peuvent encore croire en eux, demander de l’aide et trouver leur propre voie.
Dark Pattern travaille notamment sur l’idée de préparer un spectacle consacré à la sensibilisation au décrochage scolaire. À travers la musique et la scène, le projet visera à rejoindre directement les jeunes et à leur transmettre un message de persévérance, et de deuxième chance.
Selon ce que le rappeur nous a confié, d’autres idées pourraient également voir le jour ultérieurement. Il souhaite notamment explorer différentes façons d’utiliser la musique, la créativité et son propre vécu pour rejoindre les jeunes et leur transmettre un message qui puisse les inspirer et les encourager à croire davantage en leur potentiel.
Au cours de l’échange, le rappeur a également tenu à préciser que cette démarche est un projet qu’il porte personnellement. Il est actuellement seul derrière cette initiative. Il ne s’agit donc pas d’un projet réalisé en association avec d’autres personnalités publiques, mais d’une démarche qui découle directement de son propre parcours et de sa volonté de redonner quelque chose à la jeunesse.
À travers cette initiative, Dark Pattern souhaite ainsi transformer certaines des épreuves de son passé en quelque chose de constructif pour la prochaine génération. Son message est simple : on peut se tromper, on peut se perdre, on peut recommencer, mais il ne faut jamais croire qu’il est trop tard pour reprendre le contrôle de son avenir.

Pourquoi est-ce devenu important pour toi aujourd’hui de prendre position contre le décrochage scolaire et de t’impliquer auprès de la jeunesse?
Parce que je ne parle pas d’une réalité que j’ai simplement observée. Je l’ai vécue.
J’ai connu le décrochage scolaire, l’absence de mon père et des périodes où je n’avais pas nécessairement les bons repères. Mais je suis aussi retourné chercher ce que j’avais laissé derrière moi.
Mon parcours m’a appris qu’un jeune peut perdre son chemin sans nécessairement perdre son avenir.
Aujourd’hui, à travers ma musique, ma créativité et Dark Pattern, je veux utiliser ce que j’ai vécu pour transmettre un message d’espoir. Je ne veux pas faire la morale aux jeunes. Je veux leur montrer qu’on peut recommencer, changer de direction et construire quelque chose de positif, même après avoir traversé des périodes difficiles.
Si je peux faire quelque chose aujourd’hui qui donne à un jeune une raison de croire en demain, alors ça vaut la peine.
À ton avis, est-ce que les écoles québécoises font suffisamment pour comprendre les jeunes qui sont en difficulté plutôt que simplement les sanctionner?
Je pense qu’il y a énormément de personnes dans les écoles qui veulent réellement aider les jeunes. Mais je crois qu’il faut continuer à chercher des façons de mieux comprendre ce qui se cache derrière certains comportements.
Un jeune qui manque des cours, qui perd sa motivation ou qui décroche n’est pas nécessairement un jeune qui ne veut rien faire. Il peut être perdu, découragé, manquer de confiance ou vivre des choses dont personne ne connaît l’existence.
La sanction peut parfois être nécessaire, mais elle ne devrait pas être la seule réponse.
Il faut aussi de l’écoute, de l’accompagnement et, surtout, faire comprendre au jeune qu’une difficulté scolaire ne signifie pas que son avenir est terminé.
Quel rôle les parents devraient-ils jouer lorsqu’ils voient que leur enfant commence à décrocher?
Je pense que le plus important est de ne pas attendre que la situation devienne trop grave.
Il faut parler avec son enfant, mais surtout essayer de comprendre ce qu’il vit réellement.
Parfois, derrière un jeune qui ne veut plus aller à l’école, il y a un manque de confiance, une mauvaise influence, une situation familiale difficile ou simplement l’impression de ne pas avoir trouvé sa place.
Les parents doivent pouvoir lui dire :
« Je suis là. On va trouver une solution ensemble. »
Le jeune doit sentir qu’il n’est pas seul et qu’une difficulté scolaire ne définit pas sa valeur.
Est-ce que tu crois que le manque de modèles positifs peut contribuer au décrochage ou pousser certains jeunes vers de mauvaises fréquentations?
Oui, je le crois.
Quand un jeune ne voit pas autour de lui des personnes qui lui montrent qu’une autre vie est possible, il peut être beaucoup plus difficile pour lui de l’imaginer.
Je pense que les artistes, les sportifs, les entrepreneurs et les adultes qui ont connu des difficultés peuvent avoir un rôle important à jouer.
Un modèle positif n’est pas nécessairement quelqu’un qui a toujours tout réussi. C’est quelqu’un qui peut dire :
« J’ai fait des erreurs. J’ai connu des moments difficiles. Mais je me suis relevé. »
C’est ce genre de message que j’aimerais transmettre.
Toi qui as connu la prison, quel lien fais-tu aujourd’hui entre le décrochage scolaire, les mauvaises décisions et le risque de se retrouver dans la délinquance?
Je ne dirais jamais qu’un jeune qui décroche va nécessairement tomber dans la délinquance. Ce serait faux.
Mais avec le recul, je comprends mieux comment une accumulation de mauvaises décisions, un manque de repères et certaines fréquentations peuvent progressivement éloigner quelqu’un de la vie qu’il aurait pu construire.
J’ai connu la prison et je sais aujourd’hui que certaines décisions peuvent prendre quelques secondes, alors que leurs conséquences peuvent durer des années.
C’est justement pourquoi je veux parler aux jeunes maintenant.
Pas pour leur faire peur. Pour leur rappeler qu’ils ont encore le choix de changer de direction.
Qu’est-ce que tu aurais aimé qu’un adulte te dise lorsque tu étais adolescent et que tu traversais tes propres difficultés?
J’aurais aimé qu’on me dise :
« Ton présent ne décide pas de ton avenir. »
J’aurais aimé comprendre plus tôt qu’on peut être perdu temporairement sans être perdu pour toujours.
Quand on est jeune, on peut avoir l’impression que les erreurs qu’on fait aujourd’hui vont déterminer toute notre vie.
Avec le recul, je sais maintenant qu’on peut recommencer, demander de l’aide et prendre une autre direction.
J’aurais aimé que quelqu’un me rappelle simplement que j’avais encore le temps.
Selon toi, qu’est-ce qu’on pourrait faire pour redonner aux jeunes le goût de l’école et surtout leur donner une raison de croire en leur avenir?
Je pense qu’il faut aider les jeunes à découvrir ce qui les fait réellement vibrer.
On va probablement travailler une grande partie de notre vie. Alors oui, il faut apprendre à travailler, à être responsable et à se construire un avenir. Mais il faut aussi se demander :
« Qu’est-ce qui me passionne réellement? Qu’est-ce qui me donne envie de me dépasser? »
Et si un jeune ne l’a pas encore trouvé, ce n’est pas grave.
Il faut aller le chercher.
La musique, les arts, les métiers, le sport, l’entrepreneuriat, les technologies, la création… il existe énormément de chemins.
Parfois, un jeune pense qu’il n’est pas assez intelligent, pas assez bon ou qu’il n’est tout simplement pas fait pour réussir.
Mais peut-être qu’il n’a simplement pas encore trouvé l’endroit où son potentiel peut s’exprimer.
Ce n’est pas parce que tu n’as pas encore trouvé ta place que tu n’en as pas.
Est-ce que tu penses qu’on met suffisamment l’accent sur les talents et les passions des jeunes, ou est-ce qu’on se concentre trop sur leurs résultats scolaires?
Je pense que les résultats scolaires sont importants, mais ils ne peuvent pas définir entièrement une personne.
Un bulletin ne peut pas mesurer toute la créativité, la détermination, le potentiel ou les talents d’un jeune.
Quelqu’un peut avoir de la difficulté dans une matière et être exceptionnel dans un autre domaine.
Je crois qu’il faut aider les jeunes à réussir à l’école, mais aussi à découvrir qui ils sont et ce qu’ils peuvent apporter.
Parce qu’on va probablement travailler pendant une grande partie de notre vie.
Alors pourquoi ne pas essayer de trouver quelque chose qui nous donne réellement envie de nous lever le matin?
Et si tu ne sais pas encore ce que c’est, ce n’est pas un échec.
Essaie. Découvre. Explore. Change de direction s’il le faut. Mais continue de chercher.
Si tu pouvais retourner dans une école secondaire québécoise et parler directement à des jeunes qui pensent abandonner, qu’est-ce que tu leur dirais?
Je leur dirais de ne pas prendre une décision définitive pendant une période difficile.
Je leur dirais aussi :
« Ne pense jamais que tu n’es pas assez. »
Peut-être que tu n’as simplement pas encore trouvé ce qui te correspond.
Cherche ce qui te passionne, quelque chose qui te donne envie de te dépasser.
Et si tu ne sais pas encore ce que c’est, donne-toi le temps.
Tu peux te tromper. Tu peux recommencer.
Ton histoire n’est pas terminée.
Qu’est-ce que ton propre parcours t’a appris sur l’importance d’avoir une deuxième chance dans la vie?
Mon parcours m’a appris qu’une deuxième chance ne signifie pas effacer ce qui s’est passé.
Ça signifie décider que ce qui s’est passé ne contrôlera pas nécessairement ce qui vient ensuite.
Je ne peux pas revenir en arrière et changer certaines décisions. Mais je peux utiliser ce que j’ai vécu pour faire de meilleurs choix aujourd’hui et essayer d’aider d’autres personnes.
C’est aussi une partie de la raison pour laquelle je m’implique auprès des jeunes.
Je veux que mon passé serve à quelque chose.
Si mon parcours peut donner à un jeune l’envie de retourner à l’école, de demander de l’aide, ou simplement de croire qu’il peut encore construire quelque chose de bon pour demain, alors tout ce que j’ai vécu peut prendre un autre sens.
Une deuxième chance, ce n’est pas seulement une chance qu’on reçoit. C’est une chance qu’on décide de saisir.
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