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Publié le 26 mars 2026 à 13h32

Richy Jay fait rayonner les Caraïbes à l’international

Avec l’album Caribbean Love, Richy Jay signe un projet intime et affirmé, où les sonorités caribéennes rencontrent une vision résolument tournée vers l’international. Porté par le kompa, le zouk et l’afropop, cet album marque une étape importante dans le parcours de l’artiste, qui affirme pleinement ses racines tout en élargissant son horizon musical.

Entre Montréal et les Caraïbes, Richy Jay construit une identité sonore qui lui est propre, nourrie par ses expériences, ses influences et une volonté claire de faire rayonner sa culture au-delà des frontières. Dans cette entrevue, il revient sur son évolution, les inspirations derrière Caribbean Love, ainsi que sur sa vision de la musique, entre émotion, authenticité et détermination.

Ces dernières semaines, Richy Jay a également connu un élan notable dans sa carrière numérique et éducative. Deux de ses chansons ont été intégrées à la série Heated Rivalry en décembre, donnant un véritable coup d’accélérateur à ses écoutes sur Spotify, où il a atteint jusqu’à 265 000 auditeurs mensuels. Par ailleurs, sa chanson « Monde parallèle » a été choisie pour La Manie Musicale, un programme destiné aux écoles enseignant le français dans plus de 37 pays, touchant ainsi plus de 11,5 millions de jeunes et générant un fort engagement et de nombreux votes. Ces succès témoignent de l’ampleur croissante de son rayonnement, tant auprès du public francophone que sur la scène musicale internationale.

 

 

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Caribbean Love est présenté comme une “lettre d’amour” à tes racines. À quel moment as-tu senti le besoin de revenir aussi fortement à cette identité caribéenne dans ta musique ?

J’ai été inspiré plus fortement par mon identité caribéenne après ma résidence de création à Saint-Vincent-et-les-Grenadines. Du 17 au 22 février 2025, j’ai participé au songwriting camp de Masterroom Music, aux côtés de créateurs caribéens et internationaux, dont Mahalia, ainsi que des équipes d’Atlantic Records et Prescription Songs. Cette expérience m’a fait prendre conscience encore plus clairement de la richesse de mon bagage musical. Avec la reconnaissance du kompa à l’UNESCO, ça a été un autre déclic fort. Mes influences sont multiples, musique haïtienne, antillaise, afro et latine, et avec Caribbean Love, j’ai voulu les assumer pleinement et les réunir naturellement dans une identité caribéenne plus affirmée.

 

L’album navigue entre kompa, zouk et afropop. Comment as-tu réussi à trouver un équilibre entre respect des traditions et modernité sonore ?

J’ai trouvé l’équilibre en partant d’une base solide, le kompa, mais en l’abordant comme une musique vivante, celle de la nouvelle génération qu’on entend chez Oswald et Joé Dwèt Filé. Ensuite, j’ai laissé entrer naturellement ce qui fait vibrer le public aujourd’hui, l’afro qui est très présent partout, et le zouk qui s’est imposé comme une forme de pop actuelle, porté par des artistes comme Gims et Aya Nakamura. Je baigne dans toutes ces influences au quotidien, donc l’idée n’était pas de copier, mais de respecter l’essence tout en amenant ma touche, mon style et une modernité sonore qui me ressemble.

 

La reconnaissance récente du kompa à l’UNESCO a-t-elle influencé ton approche artistique sur cet album ? Ressens-tu une responsabilité particulière en tant qu’artiste ?

Oui, clairement, je l’ai vécu comme un momentum. La reconnaissance du kompa à l’UNESCO est arrivée au bon moment et m’a donné un élan naturel pour mettre encore plus en avant la musique que je fais depuis des années. Sans pression, juste avec l’envie de profiter de cette ouverture pour faire rayonner ce son sur la scène mondiale, maintenant qu’il est officiellement reconnu.

 

Est-ce que tu crées d’abord pour toi ou en pensant au public ?

Les deux. Je crée d’abord pour moi, parce qu’il faut que je sois proche de ma musique et que je la sente vraie. Je dois aimer les chansons en premier. Ensuite, quand je sais que ça me ressemble, je me sens plus confiant de les présenter au public.

 

Quel rôle joue Montréal dans ton développement artistique et dans le son que tu proposes aujourd’hui ?

Montréal joue un rôle essentiel dans mon développement, parce que c’est ici que j’ai trouvé des alliés qui me soutiennent depuis des années, et j’en suis vraiment reconnaissant. La ville m’a offert de belles scènes et de vraies opportunités de rencontre avec le public, comme Haïti en Folie, le Club Balattou, des activités estivales dans les parcs, et aussi des événements comme Pop ton été à Terrebonne. Montréal, c’est aussi un réseau qui fait avancer la musique, avec des animateurs radio qui diffusent mes titres et me reçoivent pour en parler, puis des médias web de plus en plus influents, qui jouent un rôle crucial dans la notoriété des artistes aujourd’hui.

 

Caribbean Love est ton sixième album. Avec le recul, qu’est-ce que tes anciens projets disent de ton évolution en tant qu’homme et en tant qu’artiste ?

Avec le recul, mes anciens projets racontent surtout une vraie maturation. En tant qu’homme, mon parcours m’a appris à assumer mon art et à le respecter. Aujourd’hui, je ne me sens plus imposteur face à mes œuvres, c’est comme ça que je le porte, on prend ou on laisse. Je me livre davantage, je mets mon cœur dans la création, et j’ai choisi d’intégrer plus de créole pour faire briller mes origines.

En tant qu’artiste, j’ai aussi beaucoup évolué sur la qualité. Je suis plus exigeant sur mes enregistrements, sur les détails, sur la finition. J’ai la chance d’être entouré de bons alliés en production, et ensemble, on a construit une identité sonore plus claire et plus forte, qui me ressemble vraiment.

 

Ta musique est à la fois émotionnelle et très orientée vers la danse. Est-ce un défi pour toi de concilier profondeur des thèmes et accessibilité pour le grand public ?

Pas vraiment, parce que c’est justement ce qui me caractérise depuis le début. J’ai toujours aimé mettre des thèmes profonds sur des rythmes qui font bouger, parce que le message passe autrement, il rentre dans le corps autant que dans la tête. Comme le disait Pierre Kwenders, mieux vaut pleurer sur une piste de danse. Pour moi, c’est naturel d’écrire sur ces sonorités, et ça me permet de rester vrai tout en restant accessible au grand public.

 

Le média Chokarella a récemment publié que tu fais partie des artistes haïtiens ayant une portée internationale. Que penses-tu de cette déclaration ?

Je suis vraiment reconnaissant. Les gens parlent de ce qu’ils voient, et constater que mon travail rayonne comme ça, c’est au-delà de ce que j’imaginais. Chokarella est une référence très reconnue dans les communautés haïtiennes à travers le monde, donc recevoir cette mention, c’est un vrai honneur.

C’est aussi un moment fort pour moi de me retrouver affiché aux côtés d’artistes de renom comme Wyclef, Kery James, Oswald, Joé Dwèt Filé, Marc Antoine, Naïka, Luidji et Mélissa Laveaux. Je porte fièrement cette reconnaissance, parce qu’elle met en lumière celles et ceux qui font rayonner notre musique haïtienne à l’international. Ma plus grande fierté, c’est d’être entouré de mes idoles, celles et ceux qui m’ont inspiré et qui ont ouvert la voie pour nous, artistes d’aujourd’hui et de la diaspora vivant hors d’Haïti.

 

Quel est ton morceau préféré de cet album et pourquoi ?

Mon morceau préféré, c’est « J’aurais voulu », parce qu’il est profondément personnel. C’est un hommage à mon petit frère Jameson, décédé en 2020. C’est avec lui que j’ai commencé la musique, donc il a une place énorme dans mon histoire. Dans cette chanson, je raconte tout ce que j’aurais voulu vivre avec lui, tout ce que j’aurais voulu lui montrer, surtout avec tout ce qui m’arrive de positif aujourd’hui. Même s’il n’est plus là, je sens qu’il est fier de moi, là où il se trouve, et cette chanson me permet de garder ce lien vivant.

 

Au-delà de la musique, quel message ou quelle trace aimerais-tu laisser à long terme à ton public et à la culture caribéenne ?

J’aimerais laisser une trace de joie et d’allégresse, une musique qui rassemble et qui rappelle que, peu importe d’où tu viens, tu as un chemin et tu peux avancer vers ta destinée. Je veux que les gens sentent qu’ils ont leur place, qu’ils peuvent eux aussi vivre leur momentum, et que c’est possible de bâtir quelque chose de grand, même quand le parcours est rempli de défis.

Si je peux être l’image de quelqu’un qui a montré qu’on peut atteindre ses objectifs malgré les obstacles, alors j’aurai réussi. La résilience et la détermination me définissent, mais aussi l’importance de bien s’entourer et de respecter son art, en le travaillant, en le peaufinant et en visant la qualité. Parce qu’au bout du compte, la musique, c’est un message, et je veux qu’il se rende jusqu’à celles et ceux qui auront besoin de l’entendre.

 

 


Pour écouter l’album « Caribbean Love », cliquez ici 

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