Junior Dayoungztar: « Je ne cherche plus à plaire, je cherche à être vrai »
Avec son tout nouvel album « Vendetta », Junior Dayoungztar livre un projet cru, pensé comme une revanche personnelle du vrai bilan de son parcours. Porté par 25 morceaux, l’album s’impose presque comme un double projet, à l’image de tout ce qu’il avait à sortir. Loin des codes de l’industrie, l’album « Vendetta » est une marque laissée volontairement, celle d’un artiste qui avance à sa manière et refuse de rentrer dans les cases. Découvrez notre entretien avec le rappeur montréalais pour qui le vrai passe avant le confortable.

Pourquoi avoir choisi le titre Vendetta pour un album aussi long et dense ? Qu’est-ce que ce mot représente pour toi aujourd’hui ?
Vendetta, ce n’est pas la vengeance au sens cliché. Pour moi, c’est une revanche intérieure. C’est le moment où tu arrêtes de te justifier, où tu assumes tout ce que tu es devenu malgré les obstacles, les trahisons, les silences et les portes fermées. L’album est long parce que cette vendetta ne tient pas en quelques morceaux : c’est un bilan, une libération, un règlement de comptes avec le passé, mais surtout avec moi-même.
L’album compte plus de 20 morceaux. Était-ce une nécessité artistique ou une façon de tout sortir d’un coup sans filtre ?
C’était une nécessité. J’avais trop de choses à dire pour les filtrer ou les rendre “digestes”. Vendetta, c’est brut, volontairement dense. Je ne voulais pas faire un album calculé pour l’algorithme ou la radio. Je voulais documenter un état d’esprit, une période complète de ma vie. Tout sortir d’un coup, c’était la seule façon d’être honnête.
On sent beaucoup de tension, de colère et de revanche sur ce projet. Contre qui ou contre quoi cette vendetta est-elle dirigée ?
Elle n’est pas dirigée contre une personne précise. Elle est dirigée contre les systèmes, les étiquettes, les hypocrisies. Contre le fait qu’on t’écoute seulement quand tu rentres dans une case. Contre ceux qui préfèrent le silence confortable à la vérité dérangeante. Et aussi contre mes propres erreurs. La vendetta, c’est reprendre le contrôle de mon récit.
On te décrit souvent comme un rappeur controversé. Provoques-tu volontairement ou est-ce simplement le reflet de qui tu es vraiment ?
Je ne provoque pas pour provoquer. Je dis ce que je pense, sans l’enrober. La controverse vient souvent du fait que je ne parle pas avec le langage attendu. Je préfère être sincère que consensuel. Si ça dérange, c’est peut-être parce que ça touche quelque chose de réel.
En 2026, Montréal a une scène rap particulière. Te sens-tu soutenu, combattu ou ignoré par l’industrie locale ?
Je dirais surtout ignoré. Et paradoxalement, ça m’a renforcé. Montréal a du talent, mais aussi beaucoup de codes implicites. Je ne joue pas toujours selon ces règles-là. J’avance en marge, avec mon public, sans attendre la validation de l’industrie. Le soutien que je cherche, je l’ai surtout dans la rue et en ligne.
Tu fais du rap depuis des années. Qu’est-ce qui a le plus changé chez Junior : la musique, l’homme ou le regard des autres ?
L’homme. La musique suit ce changement. Le regard des autres, lui, est souvent en retard. J’ai gagné en lucidité, en détachement aussi. Je me connais mieux, donc je m’assume plus. Et ça se ressent dans les textes : je ne cherche plus à plaire, je cherche à être vrai.
As-tu déjà envisagé d’adoucir tes propos pour toucher un public plus large ou est-ce une ligne que tu refuses de franchir ?
Si adoucir veut dire mentir ou me censurer, non. Je refuse. Mais évoluer ne veut pas dire s’édulcorer. Je peux nuancer, approfondir, être plus considérée dans la forme, sans trahir le fond. Le public qui me suit, c’est celui qui veut du vrai, pas du confortable.
Aujourd’hui, te bats-tu encore pour une place ou surtout pour ton héritage ?
Pour mon héritage. La place, je me la suis créée moi-même. Ce qui m’importe maintenant, c’est ce que les gens retiendront : un artiste qui n’a jamais baissé la tête, qui a dit ce qu’il avait à dire, même quand c’était impopulaire. Vendetta, c’est une trace.
Vendetta marque-t-il la fin d’un cycle ou le début d’une nouvelle phase dans ta carrière ?
Les deux. C’est la fin d’une période de tension accumulée, et le début d’une phase plus consciente. Je ferme des portes, mais j’en ouvre d’autres. Après Vendetta, tout ce que je ferai sera encore plus assumé.
Si Vendetta était ton dernier album, quel message voudrais-tu laisser à la scène rap montréalaise ?
N’attendez pas la permission. N’attendez pas l’approbation. Faites de la musique parce que vous en avez besoin, pas parce que c’est rentable ou acceptable. La scène avance quand des voix différentes osent exister, pas quand tout le monde cherche à se ressembler.
Suivez Junior sur ses réseaux sociaux
Pour écouter « Vendetta », cliquez ici













































































